Une lecture pour un prix
16 janvier, 2010
Je suis parti d’une erreur. Je croyais devoir justifier mon amour pour les livres. Être crédible en transigeant sur une vision de la littérature qui pouvait m’être propre.
A force de tortures intellectuelles une idée a fini par aboutir : la communicabilité de cette passion ne se fait pas dans la justification, mais dans le partage.
Alors voilà comment j’en suis simplement arrivé à vous partager mon expérience de lecture, celle qui amène directement ma candidature pour ce prix. Un peu léger sur l’argumentaire, j’en conviens facilement. Pourtant il me semblait plus approprié de vous raconter ma vision du livre, mon arrivée dans ce monde, que de vous proposer une lettre imbibée de réflexions sur « quel terme augmentera mon pourcentage de chance ». Je préfère encore prendre plaisir et passer à côté.
Il y a des épisodes de la vie dont la douleur fait germer une envie nécessaire. Un concept particulier qui oblige l’être à se plier sur certains désirs parfois étranges. J’avais déjà cette idée depuis de nombreux mois, mais sans jamais avoir osé passer le pas. Lire. Et puis voilà l’occasion ; se plonger dans les rêves de héros inconnus ! J’ai donc passé ma première commande de livres en suivant les conseils que j’ai pu glaner sur le net. Difficile de s’y retrouver au départ, seul, dans une jungle particulièrement dense. Pourtant, je me suis lancé, confiant.
J’ai attendu ces objets avec l’impatience d’un enfant au pied du sapin ; ouvert le colis comme un adolescent qui découvre un nouveau gadget ; mais j’ai fini en dévorant mes livres tel un retraité passionné.
Une première commande donc je retiendrais surtout « La Terre des Mensonges » de Anne Birkefeldt Ragde. Un roman comme il en existe peu, traitant de la difficulté des vies dans l’arrière pays. L’acceptation des modes de vies parfois différents, parfois trop ancrés dans le passé, ou simplement futiles.
Il n’était pas le premier roman, en réalité c’était Jan Karski de Yannick Haenel !
Qu’importe le nombre de romans d’ailleurs, il me sera difficile d’énumérer avec exactitude tout ceux qui ont suivi. Ils furent si différents, et si passionnants.
Le livre m’a fait vivre d’innombrables états, aussi larges qu’intenses. Alors est-il obligatoire d’expliciter pourquoi aujourd’hui je meurs d’envie de participer activement à la remise de ce prix ?
Peut-être simplement pour avoir l’honneur de partager mon opinion, de nourrir un débat passionné, de m’ulcérer ou m’enhardir a la lecture d’une nouvelle œuvre.
Ah oui, je veux pouvoir parler livre. Râler, protester, critiquer, aduler. Je veux pouvoir ressentir le papier glisser sous mes doigts en ayant un nouveau prétexte.
Pour vivre le livre oui, d’une nouvelle façon encore.
Loving Frank (de Nancy HORAN, traduction Virginie BUHL)
1 décembre, 2009
Une histoire d’amour ancrée dans les années 1900. Une folle histoire ! La ligne de départ de l’histoire est fixée à l’architecture. A cette époque il faut réinventer la vision du monde, les femmes essaient de s’offrir une véritable place, les villes deviennent de véritables moteurs culturels, et l’amour en profite. Comme toujours.
Mamah et Frank sont deux personnages qui n’ont rien de commun. L’une est une femme au foyer plutôt dévouée, certes affublée d’un mari trop aimant et conciliant pour les rêves de fantaisies qu’elle couve, mais qu’importe, ses enfants la font survivre. Une situation aisée lui permet aussi de s’identifier à une vie dont elle n’aurait jamais rêvé. Quant a Frank il est narcissique, égoïste, prétentieux, ces aspects qui peuvent faire d’un homme envoutant un gros con. Il est donc architecte, dans une mouvance qu’il invente, son égo ne lui permet pas vraiment de s’identifier. Uniquement des disciples, il n’aura pour Maître que lui-même.

La rencontre entre ces personnes n’a rien de vraiment extraordinaire. Il va construire une maison pour Mamah. Pour la famille de Mamah en réalité. Elle va petit à petit, céder aux fantasmes de cet homme fascinant, pour lequel les règles ne s’appliquent pas, évoluant dans un monde où tout est différent. Il est fauché mais paraît riche, il ignore mais paraît savoir. Un homme d’apparence oui, mais dont l’essence même est de laisser transparaître cette apparence.
Inutile de vous compter les aventures de nos compères, mais les années ne sont pas vraiment propices aux divorces. Alors les voilà partis pour l’étranger. L’Allemagne, le Japon, l’Italie, puis un retour au pays. Au pays de Frank. Pendant ces années ils vont devoir faire face a la séparation de leurs enfants, mais aussi et surtout aux critiques, et la folie médiatique qu’entoure ces premiers amours affichés.
Ce sont un peu des peoples avant l’heure.
Le romans se déroule sur un rythme plutôt bon enfant, les évènements s’enchainent sans difficultés, l’écriture est fluide. L’envie de passer au chapitre suivant se fait sentir, mais on peut facilement l’abandonner pour une nuit. Le dynamisme de l’histoire se noie un peu dans Mamah et son manque de rigueur. Et pourtant, il ne faudra pas s’y fier. Rien que pour la fin de l’œuvre, elle mérite d’être lue. Une véritable folie, mais surtout un coup de génie qui pour le coup m’aura occupé les cent dernières pages. Comme accroché au roman, impossible de lâcher les pages, les yeux figés comme celés aux lignes.Le roman ne se caractérise pas sa fin, mais il faut avouer qu’il prend une toute autre allure. Il passe d’un simple roman de train a un roman de lit. Une catégorie de plus.
Ah oui, une fin aussi merveilleuse que douloureuse.
Mary & Max, un film culte.
23 novembre, 2009
Ah hier, quelle soirée ! La foule compacte face au cinéma, les queues s’unissant au milieu d’un trottoir. Une vraie folie, toute cette masse prête à se cultiver ! Twilight, un véritable phénomène de société. En lisant le titre de l’article, il ne vous aura pas échappé que non, malgré l’attirance que provoque chez moi ces films dont l’essence même nous fait respirer l’intelligence ; je n’ai pas cédé. Et donc, j’ai pu découvrir le sourire ravi de notre guichetière lâchant cette phrase désormais culte «Vous serez seuls ».
Il ne faudra pas non plus vous attardez sur le fait, minime, que le film soit déjà sorti en DVD. À la campagne, on fait avec les moyens du bords.

Ce film c’est l’histoire incroyable de deux personnes. Eh oui, pour faire un film intéressant, il faut généralement de l’incroyable, de l’exceptionnel, de l’irrationnel. Le format dessin animé, pâte à modelée, tel qu’il a été choisi, convient parfaitement. Il est le gage d’un humour décalé et acéré qui fera tenir l’histoire jusqu’au bout.
Nous disions donc : Mary est une petite fille âgée de 8 ans, née d’un père dépassé et d’une mère ivrogne, elle se construit dans une Australie rurale. Le physique faisant, elle tombera rapidement dans une solitude malsaine, ne connaissant rien d’autre qu’un quartier digne des plus beaux ghettos. Face à elle, un homme âgé : Max New Yorkais, célibataire et handicapé. Il se caractérise par ses tocs, et une angoisse perpétuelle. Peu loquace sur son enfance, il n’en reste pas moins expansif sur la vie qu’il a mené depuis : un tas de métiers toujours différents mais sous qualifiés. Peu d’amis, voire pas du tout, membre d’un groupe d’anonymes. Un homme que l’on pourrait qualifier de sans vie, rythmé par un quotidien dont il n’est pas acteur.
La rencontre de ces deux êtres ne sera jamais réellement effective, c’est grâce aux lettres et aux chocolats, un vecteur commun, qu’ils vont pouvoir communiquer. Apprendre à se connaître, s’aider, voire se détester. C’est un véritable lien qui se crée au fil des lettres, ces deux âmes esseulées vont finir par trouver en l’autre une facette de soi. Le film nous fait découvrir qu’au delà de la distance, du temps et de l’attente, on peut découvrir l’amour. Non pas un amour malsain d’une fillette pour un pervers, mais celui d’une gamine pour un référent.
Je vous le conseille oui, parce qu’en plus d’être drôle (et bourré de références culturelles) il nous fait voir la vie en grand.
Il était une fois un mort
11 novembre, 2009
L’inspecteur FRANCHINA n’est plus. Voilà l’idée qui m’est venue lorsque j’ai appris la mort de cet homme. Jusqu’à ce que j’assimile l’information, je restais encore assis sur ma chaise, cliquant frénétiquement, espérant toujours n’avoir jamais lu cette information. Cette fois-ci ce n’était la mort d’un anonyme, mon monde perdait quelqu’un. Une personne avec laquelle j’avais interagis, qui m’avait apporté ; une vraie personne. Encore en écrivant ces lignes, l’émotion est palpable, ne serait-ce que par dépit.
Pierre BOTTERO est mort donc. Un jour comme un autre, sans plus d’Histoire, pourtant impossible dès à présent de le croiser à nouveau, de le voir sourire encore.
Il n’y a pas d’hommage assez fort pour rendre à un homme comme lui ce qu’il mérite.
On prête à Woody Allen les mots suivants : « La mort est un état de non-existence. Ce qui n’est pas n’existe pas. Donc, la mort n’existe pas. » Ses livres le feront subsister.
Chronique d’un médecin légiste (de Michel SAPANET)
10 novembre, 2009
Le roman est une trame, celle d’une vie après la mort. Michel SAPANET, médecin légiste dans un CHU, va nous livrer l’intimité d’un bloc opératoire. Livrer des vérités, faire parler le corps une dernière fois. Avant de le livrer à la famille.
Le lecteur va suivre les pas de ce médecin, lors des reconstitutions, des autopsies, des expertises aussi. Un grand choix d’évènements, de pratiques, qui font parler de la profession de légiste et parfois de gendarme. Fallait-il pourtant les raconter ainsi ?

Un nouveau livre ! Pas vraiment un livre d’ailleurs, mais plus un amas de nouvelles. Il se base sur un principe simple : l’auteur raconte chaque autopsie dans un nouveau « chapitre », le tout étant censé créer un enchaînement cohérent. Pas vraiment une histoire, mais des bouts dont la finalité est de créer une vie. Pourtant l’impression est toute autre. Les fragments ne sont pas classés. Il y aurait pu avoir plusieurs sortent de tris : par date, difficulté de lecture ou type d’autopsie. Pourtant on sent qu’aucun choix délibéré n’a été fait. D’ailleurs, je n’ai pas vraiment réussi à définir l’identité de l’ordre : quelles étaient les motivations lorsque l’éditeur à fait un choix. On pourrait presque penser qu’ils ont tiré au sort…
Alors il se peut que le lecteur soit acculé à lire deux fois la même histoire, coup sur coup, ou encore d’enchainer les autopsies difficiles. Les mots sont souvent durs d’ailleurs ; pas franchement beaux, mais on joue dans la violence inutile. Eh puis il faut avouer que l’utilisation fréquente d’une double ponctuation (type : « !! ») m’exaspère. Nous ne sommes pas sur une boîte de dialogue msn… Il existe des techniques plus intéressantes, et plus appropriée pour donner du corps au récit.
Ce roman donc, ne propose pas grand chose de plus que des histoires mal racontés, dans un environnement médical auquel nous sommes étranger et auquel nous resterons certainement réticents en sortant de cette lecture.
Vous l’aurez compris, une lecture avec laquelle je n’ai pas été enjouée. Un intérêt tout à fait modeste, un français peu ambitieux, et un auteur qui aurait peut-être du rester légiste.
Achats !
8 novembre, 2009
La Terre des mensonges (de Anne B. BAGDE, traduit par Jean RENAUD)
4 novembre, 2009
L’ouvrage prend vie dans la mort. L’ouverture se fait avec Margido, dirigeant de pompes funèbres. Il est appelé sur un suicide, un jeune adolescent pendu. Puis, Erlend, homosexuel extraverti, décorateur de profession, un vrai stéréotype. Et enfin Tor, aîné de cette fratrie, éleveur de porcs à Neshov, la ferme familiale. En tant qu’hériter c’est peut-être le seul dont l’intégration au sein de ce monde aura été imposé.
Le livre va raconter la vie ordinaire d’une famille agricole, de ceux dont la culture ne dépasse pas les portes d’une grange. Évoquer chacun des frères, pour lier l’histoire. Ils ont tous ce point commun : une mère. Ils ne sont rassemblés aujourd’hui d’ailleurs, que par ça, cette mère parfois indigne, parfois adulée.
Chacun a fait un choix, en fonction de ce qu’il n’ignorait pas. Margido connaissait le secret, Erlend devait s’affirmer, et Tor lui était l’héritier. Ils ont tous vécus un manque, en reniant leur famille. Pourtant on voit comment être sous le joug d’une mère peut changer radicalement le parcours d’une vie.

Le roman narre avec une douceur incroyable cette violence des relations familiales. Comment être gagné par l’indifférence, petit à petit ; après le dégoût. Pourtant, c’est la mort de cette mère qui les forcera à se réunir. Elle est tombée malade, Tor n’était pas vraiment capable de gérer, le père était absent. Elle finit par sombrer. Ils étaient tous là, réunis tour à tour dans la chambre de cette femme dont ils ignorent quasiment tout. Avec Torunn, cette inconnue, fille de Tor.
Je l’ai adoré ce livre. La traduction est magnifique, les phrases coulent d’elles mêmes ; le livre vous emporte au pays de la famille. Ce pays où les sentiments ne vont pas avec la raison, celui là ou même dans la mort, les obligations ne cessent pas. Fini hier vers une heure du matin, ai dévoré la moindre petite phrase, pour courir jusqu’à la fin, et finalement être frustré. La frustration d’avoir fini un excellent roman, de quitter un auteur, de fermer cet univers. Un roman que je ne saurais que conseiller donc, il apporte une véritable réflexion sur la vision de la famille, voir sur ce qui nous entoure simplement. Il donne une force incroyable. Parfois la lecture ne s’explique pas. J’ai été touché par ces mots, par la construction de ce roman. Il y est question de ces sujets qui me reflètent assez bien : la séparation.
Je voudrais dire combien ce roman vaut le détour, mais il me faudrait en dire plus, dévoiler l’histoire, et ça je ne le voudrais pas. Alors, je vous laisse le lire, et puis, après, venir en discuter. Parce que j’adore discuter de mes lectures.
Procédures
1 novembre, 2009
Partager une expérience personnelle. Voilà le but premier de cet espace de discussion. Loin d’être nombriliste, il se voulait évocateur d’une vision d’un monde, le reflet d’une réalité parfois différente. Petit à petit, je me relis. Parfois j’adore mes articles, parfois j’ai simplement envie de les supprimer. Une chose est sûre pourtant, je vais les assumer. Partant d’un partage j’en suis arrivé à de l’égoïsme, un égocentrisme malsain, sur un espace pourtant très ouvert. Il ne s’agit pas d’attirer les lecteurs avec des lots, ni d’être accroché à de sacro-saint statistiques. Juste de prendre conscience qu’il ne suffit pas de dire « j’écris pour être lu », mais qu’il faut aussi adopter une certaine démarche.
Je n’ai aucune idée de la niche dans laquelle j’ai pu me mettre, mais il est certain qu’il faut en changer. Je ne veux pas culpabiliser en parlant de moi ici, mais à côté, je voudrais intéresser, toucher, parfois même énerver.
Une nouvelle chose que j’ignore donc : comment vais-je pouvoir adopter un virage vers une ligne éditoriale plus partageuse. Pour l’instant je me suis remis à la lecture, pas uniquement de romans, aussi des blogs. Je suis étonné de voir l’évolution qu’il y a pu avoir en une année. Étonné oui, mais agréablement, ça me permet de découvrir des gens, des styles, des sujets aussi. Ça ne me fera pas comprendre pourquoi les nouveaux médias ont autant sacralisé les blogueurs, mais il s’agit ici simplement d’une divergence de point de vu, deux idées qui s’affrontent mais peuvent cohabiter.
J’espère donc pouvoir vous faire partager ma recherche d’emploi de façon intelligente, et pourquoi pas, intéressante. J’ai l’attente de recréer un lien.
Synopsis : Notre identité est un vêtement dont notre enfance a dessiné les coutures. La présence de ceux qui nous ont élevés, nos parents, a été fondatrice de ce que nous sommes. Mais que se passe-t-il quand il s’agit d’absence ? C’est une des questions posées par notre histoire.
Entre 7 et 20 ans, Thomas a recherché Julie, sa mère biologique. A l’insu de ses parents adoptifs, il va retrouver cette femme qui l’a abandonné à 4 ans et commencer auprès d’elle une « double vie ». Mais « qui a deux maisons perd la raison… » dit le proverbe.

Il y a quelques jours j’étais au cinéma pour profiter du tarif Art & Essais, qui dans nos provinces n’est qu’à 5€50. Pour ce prix vous avez droit à une salle qui n’est ni climatisée, ni chauffée, avec une odeur de moisissure à vous faire perdre connaissance. Mais, la prime du chef c’est le retour du mur ; provoquant un manque de visibilité sur toute la partie gauche de l’écran (digne d’un LCD 22″ bon marché). Qu’à cela ne tienne, j’avais envie !
Le film est fidèle d’un cinéma français de niche : des paysages superbes, une qualité quasi photographique de chaque plans, l’impression de dérouler sous ces yeux une volonté d’un beau extrême. Et parfois, ça manque cruellement de vivacité. Le lien entre le fils et cette mère inconnu, cette quête, c’est au départ un sujet qui m’exaspère. Je n’arrive pas à comprendre comment un enfant, élevé dans une famille normale, se voit obligé d’aller « récupérer ses origines ». Je pars du principe que s’il n’avait jamais su, s’il avait été échangé a la maternité, alors sa vie n’aurait rien eu d’anormale. Pourtant, les conditions objectives auraient été les mêmes. Vous me direz, ici le film fait correctement les choses ; il met en oppositions la visions d’un enfant de cinq ans avec celui d’un nourrisson. Le premier (à l’affiche du film) fera de sa vie une croisade pour retrouver sa mère, quant à l’autre il se contentera de la vie qu’il mène.
J’ai aimé la film pour les symboles qu’il met en avant. L’accession a une mère et ses fantasmes. Pour la qualité des images et le thème traité sans qu’à aucun moment ne vienne se fourrer des hypothèses psy stupides. Ce film apporte beaucoup sur la vision des relations parents/enfants, au delà même de l’adoption, il raconte l’histoire d’amour qui peut naître entre deux personnes rassemblées par quelque chose dont ils ignorent tout. Difficile de jauger combien ce film peut vous apporter, de décrire l’histoire en sortant du synopsis ; et pourtant il ne laisse pas indifférent.
Un film que je conseille donc vivement à tous les amateurs cinéphiles, et à tout ceux qui aurait voulu voir leur relations avec ses propres parents évoluer différemment.
Jan Karski (de Yannick HAENEL)
22 octobre, 2009
Le livre évoque l’histoire d’un homme Polonais, informateur du gouvernement en exil à Paris. Il se déroule en partant de 1942 pendant la seconde guerre mondiale, et relate l’entrée dans la résistance ainsi que les différentes épreuves liées à l’incompréhension générale pendant la période de guerre et d’après guerre. Il reprend le livre autobiographique parlant de ces mêmes faits, ainsi que le passage dans le film de Claude Lanzmann : « Shoah ».

C’est d’ailleurs grâce à ce film que j’ai commandé le livre. En errance sur la griffe noire, j’ai vu dans les critiques de Gérard Colard ce livre, dont le nom me disait quelque chose, et la critique aura fini de me convaincre. Il s’agissait du récit de la vie de cet homme bouleversant que j’avais vu, la boule au ventre, il y a quelques années (j’étais au collège, pensez donc) dans Shoah.
Pour autant, je n’ai pas totalement apprécié le livre. Il se sépare en trois parties, annoncées dès le départ : la première reprend le livre, la seconde le film, et la dernière n’est que pure fiction. Autant les deux premières parties ont un intérêt historique non négligeable, elles font prendre conscience de l’immense complexité d’un conflit mondial, de l’imbrication quasi infinie des intérêts nationaux, et d’un mensonge que nous avons tous voulu ignorer ; jusque dans les livres d’Histoire. Pourtant la dernière partie, le fantaisiste donc, se veut trop cinématographique. Elle en impose par les descriptions et l’adaptation des deux premières parties dans un espèce d’imaginaire géant, ça y perd alors en qualité d’écriture. Rapidement, ça ne tient plus bien la route, l’auteur nous lasse rapidement, il insiste beaucoup trop. Provoquant des images insoutenables, mais inutiles. Elle n’est pas vraiment longue, pourtant elle suffit à nous donner envie d’en finir, de ne pas s’arrêter sur cette vision là du roman. La dernière phrase ne conclut rien, pas même un paragraphe. A mon sens, c’est une fin véritablement ratée.
Et puis parce qu’on ne peut pas imaginer la fin, imaginer ce que le témoin n’a pas raconté. Tout le livre on vous dira que le témoin ne s’appartient plus, il appartient à l’Histoire, il ne sera jamais autre chose que celui qui témoigne. En créant cette illusion, en remettant au centre l’invention, on retire de la crédibilité à son témoignage. Laissant imaginer pour le final qu’il vaut peut-être mieux imaginer que croire. La vérité n’est pas assez glorieuse, elle ne se suffit pas, il lui faut du mensonge pour pouvoir exister ? Je ne le crois pas. Ce mensonge, présenté comme tel, n’apporte vraiment rien, et empêche de finir correctement la seconde partie, sans apporter de conclusion pertinente.
Le livre vaut le détour, vraiment, pour ceux qui aiment l’Histoire, ou qui sauront le lire comme l’histoire d’un être dont le destin est fabuleux pour l’Homme, mais obscène pour lui-même. Pour la fin, ne vous attendez pas vraiment à de la grande littérature.



