Marchons

29 juin, 2008

C’est hier, samedi 28 Juin, qu’avait lieu une nouvelle édition de la marche des fiertés. Placée cette année sous l’idéal d’une école « sans discriminations ». Nous remarquerons, non sans un petit sourire, la façon dont a été relayé cet évènement : quasi exclusivement par des blogs gays

Avoir un avis tranché sur une telle manifestation est difficile. Pourtant, je reste persuadé de la dangerosité de tels rassemblements. Si tout cela parait bien intentionné, bon enfant, vouloir agir en force de lobbying reste tout de même un exercice complexe. Avouons aussi que de générer une telle exhibition risque le malentendu. Se montrer, pourquoi pas. S’afficher, c’est normal. Pour autant, imposer une vision de la société parfaite, d’un modèle sans discussion semble inadapté. Le côté utopiste voudrait qu’évidemment, tout cela fasse évoluer les consciences et les mœurs. Mais le côté pessimiste, et vous l’aurez compris il s’agit du mien, défend l’idée que la réalité de tels évènements discrédite complètement l’intégration de bon nombres d’homosexuels dans la société, et qu’exalter les tensions de cette sorte ne règlera jamais rien.

Je ne crois pas à l’idée de défendre les minorités en les affichant sous autant de projecteurs. Autant il me semble important de ne pas négliger le débat, d’ouvrir les esprits a travers l’accès à la culture & l’art, autant j’ai peur des dérives sectaires dont le symbole réside dans une manifestation de cette ampleur. Il n’existe de minorité que celle qui se conduisent comme telles.

La difficulté d’être un adolescent homosexuel, surtout dans le cadre scolaire, est pleinement partagé par les gros, les handicapés, les asociaux, les artistes, les roux, les moches, les grands… ! Faire évoluer les esprits des gens, c’est avant tout leur apprendre à s’assumer, même dans leur banalité, pour qu’ils soient enfin capable de regarder l’autre tel un semblable. Les exclusions sont fréquentes dans les écoles, même la petite grosse a boutons de ma classe l’a été.

Il ne reste qu’à espérer qu’un jour, les gens apprennent à s’assumer. Pour ce qu’ils sont, pas pour ce qu’on en fait.

P.S. > A ceux qui vont venir me parler de meurtres homophobes, je répondrais qu’il existe des meurtres de vieilles dames, de juifs, de noirs, de catholiques, d’arabes, et pour autant ça reste un crime, un fait divers. La société ne tuera pas les inégalités en créant des statuts.

18 Réponses à “Marchons”

  1. Guillaume Dit:

    L’intégration est difficile surtout pour les roux !

  2. Francois B Dit:

    Je ne saisis pas trop quel utopie ce monde prône selon toi, j’ai pourtant habité proche du village gay à Montréal, et je n’ai pas saisi le moindre « idéal de société » qu’ils essaieraient de faire passer, mais plutôt une fierté à l’affiche « sous les projecteurs » comme tu dis.

    Je suis cependant d’accord, que ce genre de regroupement est synonyme d’agir comme une minorité, voire même de se démarquer, s’isoler et s’exclure encore plus. Comprenons ici la souffrance de l’exclusion, mais là n’est pas solution.

    Ton texte est très sensé, merci pour tout ces articles Baptiste !

  3. Elodie Dit:

    Pauvre de moi. Je suis grosse, moche et lesbienne.
    Alors oui, ton article a un peu de mal à passer. Même si en fait, je suis plutôt d’accord avec toi. Je m’explique rapidement.

    J’ai déjà pu me rendre compte que certains homosexuels (enfin il s’agissait précisément de jeunes goudous, mais passons) tentaient de se démarquer du lot. Comme si leur orientation sexuelle faisait d’eux des êtres exceptionnels. Bref, des personnes que je déteste. Parce-que c’est bien à cause d’elles que j’ai parfois honte de ce que je suis. Honte de voir qu’être homo est un prétexte pour se sentir supérieur aux autres, aux mâles, aux hétéros.

    Non, je comprends pas ça.
    Je comprends pas comment on peut être si stupide, ne pas comprendre que « les autres » sont encore à des années lumière de nous considérer comme tel. Pire, je comprends pas comment on peut être amené à le crier sur tous les toits (bien que moi-même, je ne le cache pas), comme pour prouver qu’on assure un max, qu’on est méga giga tolérant, et que sais-je encore.

    Ouais, je comprends pas comment être homo peut devenir une mode, en fait.

    Alors à côté de ces gens, il y a ceux qui se battent pour que les homosexuels soient un peu plus perçus comme des personnes à part entières, avec des droits. Et forcément, ces gens là on les oublie, on les voit pas forcément. Et ça explique peut-être l’existence de ton post.

    Bon, je pars un peu dans tous les sens, tu m’excuseras, mais j’aurais tellement de choses à dire sur le sujet… que j’ai du mal à me contenir. On en reparlera sûrement sur MSN. :)

  4. Al West Dit:

    Drôlement bien vu, analysé et dit, cher Bapt’, je n’en changerai pas un mot. Hé oui, les bonnes intentions…

    L’enfer en est pavé, paraît-il!

  5. Baptiste Dit:

    @Francois B > Lorsque tu évoques un « village gay », tu touche ce que je dénonce. Comment se revendiquer normal lorsqu’on se crée un gettho ? Je ne nie pas les problèmes d’intégrations que la communauté gay & lesbiennes peut rencontrer, mais la solution est-elle de fuir en se stigmatisant ?

    @Elodie > C’est le même reproche que je fais souvent aux handicapés, ils exigent un regard différent, et lorsqu’on le leur accorde alors ils se sentent humiliés. Leur discours est trop ambivalent, s’assumer c’est aussi comprendre qu’il existe différentes façons de penser. Évidemment qu’il faut des gens pour se battre et défendre les droits, souvent bafoués, des homosexuels. Sans forcément les laisser dans l’ombre non plus, je n’ai pas d’avis sur la meilleure méthode a employer, parce qu’à mon avis elle reste à inventer.

    @Al West > Ni vois pas un pamphlet anti-homosexualité, ça aurait été une marche des autistes que j’aurais réagit pareil.

  6. Ditom Dit:

    Ce que tu oublies dans ton analyse, c’est que, de fait, les homosexuels sont une minorité (qu’ils se conduisent ou non comme tels) et sont perçus comme des gens « anormaux » par une bonne partie de la société.
    Alors qu’est-ce qui est important? Vouloir à tout prix rentrer dans un moule qui n’est pas le nôtre au risque d’en être malheureux ou essayer de faire respecter notre différence et de vivre en harmonie avec le reste de la société?
    Peut-être es-tu un peu jeune, mais depuis Stonewall en 1969, on en a parcouru du chemin dans le monde et ce, grâce à une visibilité de plus en plus importante des gays.
    Tu es pour le droit à l’indifférence, je suis pour la diversité, pour le droit à la différence. Si l’on choisit de se taire, ceux qui ne veulent pas nous entendre auront gagné de fait.
    Non, définitivement, nous ne sommes pas tous semblables et c’est ça qui est beau. Prétendre le contraire, c’est tendre vers une dangereuse normalisation et uniformisation.

  7. Al West Dit:

    @Bapt’ : non non, je n’y vois pas ce pamphlet, je ressens simplement la même chose que tu dis sur les dangers de la stigmatisation / visibilité des minorités.

    En même temps, je pense qu’il faut bien reconnaître que cette visibilité, qui à terme est censée apporter acceptation, passe aussi par sa nécessaire identification. On peut juste espérer (et c’est le cas, de plus en plus, je pense) qu’à terme, les rapports s’adoucissent.

    [casquette vissée sur la tête]¡Yo![/casquette vissée sur la tête]

  8. Baptiste Dit:

    @Ditom > Je ne crois pas réellement à cette notion de minorité. Simplement parce que la sexualité est un phénomène difficilement quantifiable. Certes, ce n’était pas la norme jusqu’ici, mais ça n’implique pas forcément que le nombre de pratiques étaient moins répandues, simplement qu’elles étaient mieux dissimulées.
    Faire respecter sa différence c’est aussi accepter des règles sociales, un semblant de normes ça permet aussi une plus grande entraide. Il me semble bien que l’humain a une fâcheuse tendance de rejeter tout ce qui ne lui ressemble pas, par peur.
    Je crois que la diversité passe par l’indifférence. Lorsqu’on ne se posera pas la question « ce mec est gay » lorsqu’on verra quelqu’un d’un peu efféminé, on sera sorti de ces préjugés stupides, on accordera (non pas du mépris) mais le droit de vivre en paix. Non, nous ne sommes pas tous semblables, mais pour autant nous vivons ensemble, alors nous devons tous faire un peu des compromis.
    Quant à ma jeunesse, je doute que ça soit un paramètre essentiel de mon raisonnement.

    Décidément non, je ne vois pas d’harmonie lorsqu’on essaie de s’imposer par la force des choses.

    « La nature fait les hommes semblables, la vie les rend différents » confucius (i think)

  9. Marc Dit:

    J’adhère pas à tout ce que tu dis, même je suis d’accord qu’en général, le communautarisme à ses excès. Seulement voila, à qui la faute? La revendication du droit à être citoyen américain et personne de couleur s’est faite pendant longtemps, elle aussi, sobrement parfois – violemment d’autres.. Mais le regroupement et la médiatisation a suscité le débat et fait avancer les choses, c’est indéniable. Pourquoi reprocher à la communauté LGBT de reprendre le même principe dans son affirmation?

  10. TiBo Dit:

    J’étais à la Gaypride samedi.

    Je n’ai pas vu dans ce rassemblement une manière crier sa « pseudo-différence » sur les toits, ni une manière de s’amuser ou quoi que ce soit d’autre.

    J’y ai surtout vu une belle fête, avec des gens heureux. Certains se rassemblent par point commun, les geeks, les blogueurs, les amateurs de tennis, les philatélistes… eux, ils étaient homo. Et ils étaient bien content de faire la fête.

    Libre à toi de porter le débat un peu plus haut, mais pour moi, ça s’arrêtait là.

  11. Ditom Dit:

    Une minorité, c’est ce qui n’est pas majoritaire. Et l’homosexualité n’est pas la sexualité la plus répandue (ou alors on m’aurait menti? ;) ) Pour le reste, bien qu’un peu simpliste, ton argumentation est mignonne. Mais tu proposes quoi comme alternative alors?
    Parce que je peux te dire que les homophobes eux, ils s’en foutent de l’harmonie entre les gens.

    « L’homme est un loup pour l’homme » Thomas Hobbes (moi aussi je sais le faire :D )

  12. TiBo Dit:

    pas s’amuser, s’afficher :S

  13. Baptiste Dit:

    @Marc > Parce qu’à force de s’auto stigmatiser, on fini par avoir une communauté noire qui n’est toujours pas assimilé complètement aux états unis…

    @TiBo > Je n’ai pas parlé de l’ambiance de cette fête, j’évoque son aspect. C’est différent tout de même, que ça soit une très belle fête ne résout pas pour autant la connotation qu’elle a

    @Ditom > « je n’ai pas d’avis sur la meilleure méthode a employer, parce qu’à mon avis elle reste à inventer. » ça pourrait faire l’objet d’une commission ? :p ! Il existe des anti-tout, comme je l’ai fait sur mon post scriptum, ça ne résoudra rien de statuer sur de prétendues différences. Je te concède tout de même que ton argumentation donne à réfléchir, et pourquoi pas modérer mon propos. Mais ça ne me fais pas encore démordre que cette manifestation devrait se présenter autrement, et surtout offrir autre chose…

  14. jeabri Dit:

    la société nous a formaté depuis toujours pour un monde , une éducation hétéro en cachant la réalité ; le monde bouge évolue , lentement , très ( trop ) lentement , moi aussi j évolue …. je l’avoue ; il y a 20 ans de çà j’occultais l’homosexualité ,pour moi çà n’existait même pas, je ne me posais même pas la question de comment les gens autour de moi vivaient leur vie c ‘était absurde , con , mais j’ai évolué ; je comprends les différences , je les accepte pour mieux les intégrer a ma vie ; toi baptiste je suis heureuse de te connaitre ; tu m’as faite ouvrir les yeux sur plein de chose et je t’en remercie
    et comme tu le dis si brillamment , il ne faut surtout pas faire de ghettos , au contraire montrer que nous sommes tous différents et tous égaux et que nous pouvons vivre dans la même société avec les même droits et s’apporter mutuellement tellement de choses
    ;)

  15. Ditom Dit:

    Je comprends aussi ce que tu veux dire… Je pense qu’il y a quelques années j’étais plus sur la même ligne que toi, donc je suis assez à l’aise pour en parler.
    J’ai pensé aussi à autre chose ce midi… Il me semble que, pour les ados gays qui sont plus nombreux que les autres à se suicider, il est aussi important de savoir que d’autres sont visibles, de ne pas se sentir seuls.

    De toute façon, comme tu le dis, la solution miracle reste à inventer… ;)

  16. Baptiste Dit:

    @jeabri > Merci ? :)

    @Ditom > C’est une réalité oui (vécue), mais pas sur que ça aide réellement. C’est la solitude face aux familles qui est difficile.
    Alors inventons, même si ça n’est pas une solution miracle… Juste quelque chose de plus viable ?!

  17. Quentin Dit:

    Je te l’ai déjà dit par msn, je suis totalement en accord avec tes idées. Mais je crois que c’est très difficile à concevoir pour les gens de ne plus faire de différences, parce qu’ils se considèrent tous comme « différents » justement, et prônent cette différence.

    En entrant dans une normalité et une banalisation des différences, on oubliera toutes ces notions de racismes, d’homophobie, d’anti-sémitisme, etc.

    Je pense que le jour où un ado n’aura plus à dire à ses parents « Je suis homosexuel », ça ira dans le bon sens. Dit-on à ses parents « Je suis hétérosexuel » ? Non, je ne crois pas. Il faut que tout devienne « normal ». Banal peut-être même.

  18. Dalipas Dit:

    Pas facile tout ça….
    Dans les années 60/70 au lycée, j’ai beaucoup souffert de me faire traiter de PD alors que je ne savais même pas ce que c’était ni quelle était ma sexualité ni même si j’en avais une ou à quoi cela pouvait bien me servir. Je n’ai jamais su pourquoi, mes petits camarades avaient vu en moi, avant moi ce que moi-même je ne voyais pas. Et je n’étais même pas efféminé, ni premier de la classe, ni rien de tout cela. Cela restera à jamais une énigme. A cette époque pas de gay pride, pas de mot « gay », pas de magazine Têtu, pas de ouaib, rien, absolument rien sinon De Gaulle, une chaine de télé, un mode de vie : le modèle hétéro. Tout le reste n’est que déviances et perversions sataniques.
    J’ai fait mon « coming out » en 1977 à l’âge de 20ans et à l’époque on n’étaient pas nombreux dans mon cas ! Toujours pas de gay pride et tout juste un journal, une feuille de choux qui commençait à sortir et se vendait discrètement Car le gouvernement de Giscard interdisait que ces revues soient affichées ou exposées en magasin, même ne comportant aucune photo.
    Je ne me suis jamais reconnu dans la gay pride et je ne l’ai faite qu’une fois avec des amis, plus pour céder à leur suppliques que par volonté réelle. Je ne m’y suis pas senti à ma place.
    Pourtant, je pense que sans ces mouvements divers et variés, gay pride incluse mais pas uniquement, il n’y aurait pas de PACS aujourd’hui, l’homosexualité serait toujours inscrite dans la liste des maladies mentales et on ne débattrait pas du mariage gay, de l’homoparentalité et de l’adoption pour les homos.
    Je t’assure qu’en quarante ans j’en ai vu changer des choses et cela grâce aux excès, au courage, à la folie, à la ténacité de certains.
    Moi aussi je défend le droit à l’indifférence. Moi je suis gay, je l’assume mais ne m’en vante pas. Je n’en n’ai ni fierté ni honte. Pas plus que de la couleur de mes yeux ou de mes cheveux. Je suis pacsé, avec mon mec on a fait construire une maison, on a un compte joint à la banque, je vais chez le médecin avec lui. Et quand on assume sans agressivité ni honte, en général, ça passe tout seul. Je n’ai pas une sexualité débridée, je m’habille de manière très ordinaire. Mais je ne vivrais certainement pas ainsi (même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir dans les mentalités) sans les gay prides et autres actions militantes. Je peux l’affirmer ayant connu « avant » !…
    Ce que je pense c’est que ce qui fait du mal aux homos cela n’est pas la gay pride mais plutôt tous ces personnages célèbres qui se cachent et nient leur homosexualité et il en reste encore beaucoup même si une certaine mode est au coming out. Si Georges Michaël ne s’était fait gauler par un policier, l’aurait-il reconnu ?
    Ce qui fait du mal aux homos c’est pas la gay pride mais les images réductrices de la gay pride qui sont diffusées au 20h de TF1 ou au 19/20 de France 3 avec toujours les mêmes exhib fort sympathique mais pas représentatifs.
    La gay pride a beaucoup servi aussi à rassurer tous les jeunes qui, comme moi il y a 35 ans, se croyaient seuls au monde ou pensaient que les homos c’était juste un par-ci par-là. Plus nombreux on se sent plus forts, plus forts on est plus courageux.
    J’ai longtemps critiqué la gay pride qui pour moi n’était qu’exhibition non représentative juste parce que je ne m’y reconnaissais pas. Je pense que je me suis trompé.

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