Opus 1

La nuit ne soulèverait pas son voile noir avant un moment. Des heures. De toute façon le temps semblait arrêté, figé sur cet instant. Le naufragé n’était pas sauvé. Pas encore. Au moins ses jambes étaient encore fortes, il tiendrait se disait-il. La plus grande force face au destin, c’est d’être méticuleux. Cette exactitude en poche, la gouttière n’avait plus d’intérêt, la ville inerte ne l’écraserait plus.

Il ne voyait rien, la vue était partie. Pourtant, cette préoccupation ne parvenait pas encore jusqu’à lui, il devait avancer jusqu’au bout de cette rue. Il le sentait, il connaissait ce chemin par cœur. Parcouru mille fois en plein jour, son enfance en avait été bercée, il se devait d’être droit, d’être là.

Un destin débuté, la phrase d’Edmond Rostand dans les songes : « c’est la nuit, qu’il est beau de croire à la lumière ».

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