Je ne dois plus écrire sur toi
13 février, 2010
Combien de fois ai-je tourné ces phrases dans ma tête. L’eau suivant mon corps, le regard perdu au travers des stores qu’offre cette fenêtre. Une douche qui ne cessera certainement jamais de me rappeler à toi. Lutter contre cet effet pervers est un vain projet, alors il faut vivre avec. À l’image d’une douleur lancinante, habituelle, il faut faire l’effort de l’ignorer. Jusqu’au prochain rappel.
Alors j’ai voulu écrire. Des centaines de titres me sont passés par l’esprit. Celui-ci : « combien de fois ai-je fait ces choses avec toi » pourrait résumer mon esprit. Il m’est impossible de compter combien de fois nous avons pu coucher ensemble, combien de fois nous avons pu rire, combien de restaurants nous avons fait, combien de voyages j’ai fait, combien de nuits communes, combien d’heures au téléphone, combien d’engueulades, combien de peurs. Ce mot : « combien », comme s’il fallait compter, archiver, classer.
Tout ça parce qu’au fond ça ne se reproduira jamais. Lorsqu’on sait les choses abandonnées alors qu’elles sont inachevées, il ne reste qu’à regarder. Coincé dans cette dimension.
Donc, je ne dois plus écrire sur toi. Lorsque je n’écrirais plus, c’est que la douleur sera passée. Oh, je suis plus le genre rancunier, du coup je sais qu’il me reste encore quelques années avec un esprit dédié complètement à ça, et par la même je sais aussi qu’il m’en restera toujours des bribes. Il risque de m’être difficile d’emprunter certains trajets, de passer certains lieux, sans que mes idées s’arrêtent un instant sur ce que nous étions. Malgré tout, j’ai adoré.
Du coup ce soir encore je n’écrirais pas ma lettre de motivation pour le job de mes rêves. Parce que j’ai fait un choix : celui d’être lâche.
La suite
7 février, 2010

Une lecture pour un prix
16 janvier, 2010
Je suis parti d’une erreur. Je croyais devoir justifier mon amour pour les livres. Être crédible en transigeant sur une vision de la littérature qui pouvait m’être propre.
A force de tortures intellectuelles une idée a fini par aboutir : la communicabilité de cette passion ne se fait pas dans la justification, mais dans le partage.
Alors voilà comment j’en suis simplement arrivé à vous partager mon expérience de lecture, celle qui amène directement ma candidature pour ce prix. Un peu léger sur l’argumentaire, j’en conviens facilement. Pourtant il me semblait plus approprié de vous raconter ma vision du livre, mon arrivée dans ce monde, que de vous proposer une lettre imbibée de réflexions sur « quel terme augmentera mon pourcentage de chance ». Je préfère encore prendre plaisir et passer à côté.
Il y a des épisodes de la vie dont la douleur fait germer une envie nécessaire. Un concept particulier qui oblige l’être à se plier sur certains désirs parfois étranges. J’avais déjà cette idée depuis de nombreux mois, mais sans jamais avoir osé passer le pas. Lire. Et puis voilà l’occasion ; se plonger dans les rêves de héros inconnus ! J’ai donc passé ma première commande de livres en suivant les conseils que j’ai pu glaner sur le net. Difficile de s’y retrouver au départ, seul, dans une jungle particulièrement dense. Pourtant, je me suis lancé, confiant.
J’ai attendu ces objets avec l’impatience d’un enfant au pied du sapin ; ouvert le colis comme un adolescent qui découvre un nouveau gadget ; mais j’ai fini en dévorant mes livres tel un retraité passionné.
Une première commande donc je retiendrais surtout « La Terre des Mensonges » de Anne Birkefeldt Ragde. Un roman comme il en existe peu, traitant de la difficulté des vies dans l’arrière pays. L’acceptation des modes de vies parfois différents, parfois trop ancrés dans le passé, ou simplement futiles.
Il n’était pas le premier roman, en réalité c’était Jan Karski de Yannick Haenel !
Qu’importe le nombre de romans d’ailleurs, il me sera difficile d’énumérer avec exactitude tout ceux qui ont suivi. Ils furent si différents, et si passionnants.
Le livre m’a fait vivre d’innombrables états, aussi larges qu’intenses. Alors est-il obligatoire d’expliciter pourquoi aujourd’hui je meurs d’envie de participer activement à la remise de ce prix ?
Peut-être simplement pour avoir l’honneur de partager mon opinion, de nourrir un débat passionné, de m’ulcérer ou m’enhardir a la lecture d’une nouvelle œuvre.
Ah oui, je veux pouvoir parler livre. Râler, protester, critiquer, aduler. Je veux pouvoir ressentir le papier glisser sous mes doigts en ayant un nouveau prétexte.
Pour vivre le livre oui, d’une nouvelle façon encore.
Il n’y a dans cette histoire que des lâches et des abrutis
21 décembre, 2009
Le clavier glisse enfin, une douce sensation de n’être plus aliéné. Il ne s’agit pas encore de ce jour sacré où la conscience s’éveillera en disant « enfin libre » ; mais d’un pas considérable vers la paix de l’esprit.
Je garde avec émotion cette vie commune, comme enfin j’ai pu découvrir et chérir la liberté. La même émotion que lorsqu’enfin j’ai pu être heureux, découvrir et connaître ce que voulais dire la plénitude. J’ai repris pas à pas les évènements, et j’ai repensé à cet article écrit il y a longtemps « Hommes actes, hommes mots ». Impossible de le relire ce soir, l’accès au monde m’étant coupé ; mais la mémoire suffit. J’en connais encore la signification et le but. Il concorde parfaitement avec ce présent.
Il fallait faire quelque chose, qu’enfin ça s’arrête. Il n’y a pas vraiment de méthode pour une fin, ni même de stratégie. C’est cette position qui me coûte, j’y suis bloqué. Il me faut l’explication impossible d’actes écrits dans l’incohérence. Je suis un homme des mots, parler, exprimer, disséquer, voilà comment pourrait se résumer ma vie. Alors avec ce constat, comment accepter au fil du temps que ma déception amoureuse ne trouvera jamais ces nombreux mots nécessaires.
D’ailleurs on se perd souvent entre égoïsme et banalité. Cette situation de rupture est vécue chaque jours par des milliers de gens, l’Amour se ressemble, quel que soit le pays, les choix d’orientations ; il est toujours difficile de se sentir entouré d’une similarité gênante. J’aurais voulu être un cas d’école, celui dont on pourrait parler sans jamais le vivre. Pourtant chacun y sera un jour confronté. A tout âge. Peut-être même plusieurs fois. Jusqu’à en être blasé.
Difficile aujourd’hui de lorgner Paris comme une ville de liberté, et de ne pas être capable d’y monter. Je pourrais décider d’abandonner ce que je n’ai pas, et de monter, coûte que coûte.
Mais je n’ai que le courage des lâches.
La France n’a jamais pactisé avec Hitler
8 décembre, 2009
Comment peut-on un jour prétendre l’inutilité de l’Histoire.
Autant je suis un fervent défenseur d’une refonte, large et profonde, de notre système éducatif. Et je l’ai longuement ressassé ces dernières années, essayant au niveau qui était le mien d’améliorer les conditions d’apprentissages (avant tout pour moi-même, mais lorsqu’une cause individuelle peut servir, profitons). Il n’empêche que déplacer le débat sur ce qui ne devrait pas exister continu de m’exaspérer. Il est encore plus stupide aujourd’hui de vouloir réformer un système en retirant les seules choses cohérentes et fonctionnelles.
Le débat donc, se focalise sur la suppression annoncée de l’histoire géographie, comme matière obligatoire, dans la filière générale scientifique en terminale.
Dans l’article publiée sur libération où Martin HIRSCH est censé défendre la suppression de cette matière, ou même dans l’article du figaro qui explique qu’en réalité on ne supprime pas le programme, on se contente de le déporter vers la première ; je ne trouve aucun arguments de valeurs pour soutenir ce choix.
Une fois libéré de cette contrainte, quels vont être les avantages spécifiques ainsi retirés ? Le gain serait-il réellement à valeur plus importante que la perte engagée ? L’Histoire-Géographie, pourquoi ?
J’ai trop aimé cette matière, elle me semble trop importante pour le développement personnel et individuel. Elle condensce en son sein ce qui devrait importer à nos sociétés : le passé quel qu’il soit doit fonder notre futur. Aujourd’hui peut-on librement et de façon cohérente, défendre l’oubli ? Je sais combien on me fera comprendre qu’il ne s’agit pas de prôner un droit à l’oubli (ahah), ni de vouloir effacer la mémoire collective, juste de mieux réorganiser, adapter, configurer.
Pourtant, c’est au dépend d’une matière qui se voulait être notre mémoire.
Ah merde ?
5 décembre, 2009
L’information est d’importance : je ne compte pas faire de ce blog autre chose que ce qui s’est imposé au fil du temps. C’est à dire : un espace égoïstement narcissique. Les dernières digressions sur des œuvres culturelles n’ont rien d’une nouvelle coutume locale. L’installation de ces billets s’est faite malgré moi, ayant une forte envie de publier mes avis, et à côté n’étant pas capable de fournir du véritable contenu personnel.
Pour écrire il faut vivre. Et actuellement ce n’est pas mon fort. Autant il arrive des périodes fastes, pendant lesquelles j’ai une vie trépidantes (rappelez-vous, je me suis fait arrêter par des gendarmes, j’ai été jugé, ou mieux j’ai négocié un passage en première sans valider de seconde). Actuellement c’est plutôt le vide intersidéral.
Je cherche toujours une vie vers Paris ou Lyon, mais le premier P ayant ma préférence… A côté nous vendons la maison, pour qu’enfin la vie se dessine sans qu’aucun ne puisse s’immiscer dans des décisions strictement personnelles. La sœur est en Inde. Je travaille 35h par semaine pour un salaire de 20, mais que voulez-vous, la vie est ainsi faite. Je n’ai pas vraiment à me plaindre.
Donc vous êtes toujours invités à me proposer vos plans, bon ou foireux, dans l’optique de trouver un job convenable. Je vous rappelle que mon CV est disponible en cliquant sur cette phrase bleu. Et puis, j’ai renouvelé ma carte 12-25, faudrait la faire chauffer. Puisque Paris est parti, autant retrouver un autre Paris. Un vrai, libre et émouvant.
Je retourne donc de ce pas a ma lecture actuelle : Le Club des Incorrigibles Optimistes. Un ouvrage dont la difficulté ne réside pas vraiment dans l’écriture enjouée et délicate, mais dans le lieu de l’action. Denfert-Rochereau. Dieu comprendra…
Loving Frank (de Nancy HORAN, traduction Virginie BUHL)
1 décembre, 2009
Une histoire d’amour ancrée dans les années 1900. Une folle histoire ! La ligne de départ de l’histoire est fixée à l’architecture. A cette époque il faut réinventer la vision du monde, les femmes essaient de s’offrir une véritable place, les villes deviennent de véritables moteurs culturels, et l’amour en profite. Comme toujours.
Mamah et Frank sont deux personnages qui n’ont rien de commun. L’une est une femme au foyer plutôt dévouée, certes affublée d’un mari trop aimant et conciliant pour les rêves de fantaisies qu’elle couve, mais qu’importe, ses enfants la font survivre. Une situation aisée lui permet aussi de s’identifier à une vie dont elle n’aurait jamais rêvé. Quant a Frank il est narcissique, égoïste, prétentieux, ces aspects qui peuvent faire d’un homme envoutant un gros con. Il est donc architecte, dans une mouvance qu’il invente, son égo ne lui permet pas vraiment de s’identifier. Uniquement des disciples, il n’aura pour Maître que lui-même.

La rencontre entre ces personnes n’a rien de vraiment extraordinaire. Il va construire une maison pour Mamah. Pour la famille de Mamah en réalité. Elle va petit à petit, céder aux fantasmes de cet homme fascinant, pour lequel les règles ne s’appliquent pas, évoluant dans un monde où tout est différent. Il est fauché mais paraît riche, il ignore mais paraît savoir. Un homme d’apparence oui, mais dont l’essence même est de laisser transparaître cette apparence.
Inutile de vous compter les aventures de nos compères, mais les années ne sont pas vraiment propices aux divorces. Alors les voilà partis pour l’étranger. L’Allemagne, le Japon, l’Italie, puis un retour au pays. Au pays de Frank. Pendant ces années ils vont devoir faire face a la séparation de leurs enfants, mais aussi et surtout aux critiques, et la folie médiatique qu’entoure ces premiers amours affichés.
Ce sont un peu des peoples avant l’heure.
Le romans se déroule sur un rythme plutôt bon enfant, les évènements s’enchainent sans difficultés, l’écriture est fluide. L’envie de passer au chapitre suivant se fait sentir, mais on peut facilement l’abandonner pour une nuit. Le dynamisme de l’histoire se noie un peu dans Mamah et son manque de rigueur. Et pourtant, il ne faudra pas s’y fier. Rien que pour la fin de l’œuvre, elle mérite d’être lue. Une véritable folie, mais surtout un coup de génie qui pour le coup m’aura occupé les cent dernières pages. Comme accroché au roman, impossible de lâcher les pages, les yeux figés comme celés aux lignes.Le roman ne se caractérise pas sa fin, mais il faut avouer qu’il prend une toute autre allure. Il passe d’un simple roman de train a un roman de lit. Une catégorie de plus.
Ah oui, une fin aussi merveilleuse que douloureuse.
Mary & Max, un film culte.
23 novembre, 2009
Ah hier, quelle soirée ! La foule compacte face au cinéma, les queues s’unissant au milieu d’un trottoir. Une vraie folie, toute cette masse prête à se cultiver ! Twilight, un véritable phénomène de société. En lisant le titre de l’article, il ne vous aura pas échappé que non, malgré l’attirance que provoque chez moi ces films dont l’essence même nous fait respirer l’intelligence ; je n’ai pas cédé. Et donc, j’ai pu découvrir le sourire ravi de notre guichetière lâchant cette phrase désormais culte «Vous serez seuls ».
Il ne faudra pas non plus vous attardez sur le fait, minime, que le film soit déjà sorti en DVD. À la campagne, on fait avec les moyens du bords.

Ce film c’est l’histoire incroyable de deux personnes. Eh oui, pour faire un film intéressant, il faut généralement de l’incroyable, de l’exceptionnel, de l’irrationnel. Le format dessin animé, pâte à modelée, tel qu’il a été choisi, convient parfaitement. Il est le gage d’un humour décalé et acéré qui fera tenir l’histoire jusqu’au bout.
Nous disions donc : Mary est une petite fille âgée de 8 ans, née d’un père dépassé et d’une mère ivrogne, elle se construit dans une Australie rurale. Le physique faisant, elle tombera rapidement dans une solitude malsaine, ne connaissant rien d’autre qu’un quartier digne des plus beaux ghettos. Face à elle, un homme âgé : Max New Yorkais, célibataire et handicapé. Il se caractérise par ses tocs, et une angoisse perpétuelle. Peu loquace sur son enfance, il n’en reste pas moins expansif sur la vie qu’il a mené depuis : un tas de métiers toujours différents mais sous qualifiés. Peu d’amis, voire pas du tout, membre d’un groupe d’anonymes. Un homme que l’on pourrait qualifier de sans vie, rythmé par un quotidien dont il n’est pas acteur.
La rencontre de ces deux êtres ne sera jamais réellement effective, c’est grâce aux lettres et aux chocolats, un vecteur commun, qu’ils vont pouvoir communiquer. Apprendre à se connaître, s’aider, voire se détester. C’est un véritable lien qui se crée au fil des lettres, ces deux âmes esseulées vont finir par trouver en l’autre une facette de soi. Le film nous fait découvrir qu’au delà de la distance, du temps et de l’attente, on peut découvrir l’amour. Non pas un amour malsain d’une fillette pour un pervers, mais celui d’une gamine pour un référent.
Je vous le conseille oui, parce qu’en plus d’être drôle (et bourré de références culturelles) il nous fait voir la vie en grand.
Wave
13 novembre, 2009

Il me reste 5 invitations google wave, si ça branche quelqu’un
Il était une fois un mort
11 novembre, 2009
L’inspecteur FRANCHINA n’est plus. Voilà l’idée qui m’est venue lorsque j’ai appris la mort de cet homme. Jusqu’à ce que j’assimile l’information, je restais encore assis sur ma chaise, cliquant frénétiquement, espérant toujours n’avoir jamais lu cette information. Cette fois-ci ce n’était la mort d’un anonyme, mon monde perdait quelqu’un. Une personne avec laquelle j’avais interagis, qui m’avait apporté ; une vraie personne. Encore en écrivant ces lignes, l’émotion est palpable, ne serait-ce que par dépit.
Pierre BOTTERO est mort donc. Un jour comme un autre, sans plus d’Histoire, pourtant impossible dès à présent de le croiser à nouveau, de le voir sourire encore.
Il n’y a pas d’hommage assez fort pour rendre à un homme comme lui ce qu’il mérite.
On prête à Woody Allen les mots suivants : « La mort est un état de non-existence. Ce qui n’est pas n’existe pas. Donc, la mort n’existe pas. » Ses livres le feront subsister.


